1907, Le premier Concours international de ski

En 1907, sous l’impulsion de l’Etat Major militaire français, la section locale du Club Alpin Français décide d’organiser le premier concours international de ski à Montgenèvre. Ainsi, dans le n°2 de la revue du CAF, La Montagne, il expose que « c’est maintenant dans la population civile qu’elle [l’armée] cherche à répandre le ski. Le CAF s’est assigné le même but : améliorer la défense nationale en même temps que le bien-être de la population alpine et détourner sur nos Alpes le flot des hivernants aisés qui ignorent encore le chemin ». Roger MERLE, auteur de l’ouvrage Histoire du ski dans le Briançonnais, note que pour la première fois, l’argument économique est avancé pour motive l’expansion du ski.

Le projet naît donc dans les bureaux parisiens du C.A.F, qui choisit le Col du Lautaret, et la date des 11 et 12 février 1907. Le sénateur Vagnat, président de la section briançonnaise, milite en faveur du Montgenèvre, plus proche de Briançon et moins sujet aux intempéries. Le sort en est jeté.

A cette période, Montgenèvre n’est alors qu’un petit village, comprenant un hôtel, dirigé par M. JOUVE, possédant douze lits.

La préparation du concours

En cette fin de mois de janvier 1907, la sous commission chargée d’organiser le premier concours international de ski à Montgenèvre se réunit pour faire un point sur les réalisations restantes à quelques jours de l’ouverture de cet évènement. Satisfaits, les organisateurs prévoient un réel succès de cette compétition. En effet, s’ils remercient chaleureusement le Ministre de la Guerre de sa décision d’assurer la participation des militaires français à ce concours, ils notent de nombreuses inscriptions provenant de toute l’Europe (Autriche, Grande-Bretagne, Italie, Norvège et Suisse). D’ores et déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour prédire que cette compétition aura d’importantes retombées économiques pour la région.

Date importante dans l’histoire du ski, certains attendent et préparent impatiemment l’ouverture du concours. Ainsi, à Aiguilles, une société sportive est fondée sous le vocable « Skieurs Queyrassins ». Son but est d’encourager et de répandre la pratique du ski. A la veille de la rencontre, elle compte alors 15 membres, mais voit son nombre d’adhérents en constante augmentation. Ceci va permettre aux « Skieurs Queyrassins » d’inscrire trois jeunes (Marius FAURE, Valentin LAGIER et Eugène JIACOMINE) aux épreuves juniors.

Au niveau de l’organisation générale du concours, le comité organisateur informe les différents membres et officiels que le programme a été envoyé à l’impression. Celui-ci prévoit notamment la tenue d’un banquet le lundi 11 février au soir pour célébrer la première journée du concours. Toutefois, soucieux des performances des athlètes et de la qualité du spectacle pour le deuxième jour, les organisateurs fixent la fin du banquet à 22 heures.

Le premier concours international de ski

Très attendu, le premier concours international de ski attire une foule importante et de nombreux compétiteurs français (venant de Paris, Lyon, des bords de l’océan ou de la côte d’azur), mais aussi européens (autrichiens, britanniques, italiens, norvégiens et suisses).

Dès le dimanche soir, les autorités arrivent à Briançon par le train. Le bulletin d’information communal de juillet 2000, dans un dossier consacré au premier concours international de ski, rapporte que « les membres du Club Alpin sont logés à l’Hôtel Terminus. Le Préfet et son chef de cabinet sont accueillis par M. SIGNORET (Sous Préfet) à la sous préfecture. Le général GALLIENI et les officiers qui l’accompagnent sont reçus par le colonel FORT et logés au 159ème RIA. Il n’y a plus une chambre de libre à Briançon car des trains supplémentaires déversent quantité de curieux, de journalistes et d’amateurs de ski sur le quai de la gare ».

De nombreux journalistes nationaux et internationaux font le déplacement pour l’occasion, comme par exemple l’Illustration, le Monde Illustré (venus de Paris), La Montagne, et des reporters italiens. Le Petit Briançonnais représente la presse locale, tandis que Le Progrès de Lyon mandate le jeune lycéen, originaire de Cervières, Julien BARTHELEMY, faisant ses études au lycée de Briançon.

Le coup d’envoi de la compétition est donné le lundi 11 février 1907 à 9 h 30. Tous les traîneaux que Briançon peut compter se retrouvent au Champ de Mars pour transporter les personnes jusqu’à Montgenèvre. Ainsi, le col, d’habitude très calme, voit ce jour un impressionnant convoi de traîneaux, piétons et attelages en tous genres. Malgré le froid, cet évènement attire une foule considérable, car on dénombre près de 3 000 personnes dans les rues du village et sur le front de neige. Dans la foule se mêlent des Parisiens, des Provençaux, des Pyrénéens, des Lyonnais, des Italiens, mais aussi les haut-alpins venus supporter les concurrents locaux : Montgenevrois, Névachais, Briançonnais, Queyrassins, Embrunais  côtoient de multiples personnalités : le général Galliéni, M. Sauvage, vice-président du C.A.F., M. Havard, préfet des Hautes-Alpes, M. Signoret, sous-préfet de Briançon, M.Vagnat, sénateur, M. Blanchard, maire de Briançon, le major Hugo Porta et le capitaine Roberto Bassino représentant le Ministre de la Guerre italien, le colonel Fort, du 159e RIA, M. Mauler, délégué du Club Alpin suisse; M. Hess, délégué du Club Alpin italien (C.A.I.), etc.

La grande fête du ski peut commencer …

A leur arrivée, ils découvrent deux arcs de triomphe en neige aux entrées du village, l’un du côté français, l’autre du côté Italien. Ils marquent de façon monumentale l’entrée dans le village et portent les drapeaux des nations présentes.

A l’est, côté Italien, le monument de neige proclame “L’amour de la montagne abaisse les frontières”. On distingue à droite une statue de glace représentant le royaume italien.

A l’Ouest, l’arc de triomphe est “patriote” avec la devise du C.A.F. “Pour la patrie, par la montagne”,

Cette journée est composée de la course de fond junior (6 kilomètres de plats et montées), de la course des guides (12 kilomètres et 11 concurrents), d’exercices et jeux divers, et du début des épreuves militaires. La compétition débute par la course de fond des moins de 18 ans, remportée par le Queyrassin Marius Faure, originaire d’Aiguilles. Viennent ensuite Théodore Le Clerc de Briançon, Valentin Lagier d’Aiguilles, les névachais sont nombreux avec Henri Faure, Alphonse Vallier, Henri Baille, etc. Le montgenevrois Marcel Rignon se classe onzième.

Les guides de Chamonix prennent les 6 premières places de la course de fond des professionnels, le premier briançonnais est 7e.

Les épreuves militaires concernent les nations françaises et italiennes, chacune ayant ses propres épreuves : courses de fond et concours de saut. La course de fond française est remportée par le sergent Viotto de Briançon, qui arrive deuxième du concours de saut derrière Combelle, engagé à Grenoble.

Puis Norvégiens, Suisses et Italiens font des démonstrations de saut sur les trois tremplins et attirent la foule.

Certains concurrents exécutent des sauts maladroits, ce sont en particulier les français dont les tentatives se terminent en général par des chutes spectaculaires

Le suisse Keller a pris la première place du concours de saut amateur , avec un saut de 23 m. L’aisance du skieur est remarquable, la photo a été retouchée pour le mettre en valeur.

Le Norvégien Nansen participe hors classement, il réussit ici un saut de 32 m. Les scandinaves sont les plus performants dans la technique du saut à ski.

A midi, le Général GALLIENI arrive à son tour à Montgenèvre, accompagné de son état-major. Son discours de bienvenue sera suivi d’un repas servi à l’hôtel Francou.

Le lendemain, se déroule la très attendue épreuve du saut, ainsi que la course internationale de vitesse. De plus, la compétition propose l’organisation de concours de toboggans, de luges (3 et 4 personnes), de ramasses (luge à une place), de statues de neige et de raquettes. Epreuve reine de ce concours, tous veulent assister à l’épreuve de saut pour voir notamment les Norvégiens, maîtres dans cette discipline. Mardi après-midi, un concours de raquettes, réservé aux Briançonnais, se déroule sur 5 kilomètres et consacre :

  • 1er Louis FAURE (La Vachette)
  • 2ème Pierre BALCET (douanier à La Vachette)
  • 3ème Théophile PIC (guide à La Grave)
  • 4ème Emile MERLE (Montgenèvre)

Dans la foulée, se tiennent la proclamation et la distribution des prix. La journée s’achève par une visite du village de Clavière, avant de regagner Briançon.

Parmi les récompenses, il faut noter l’établissement d’un prix dit du commerce briançonnais, financé à l’aide de souscriptions recueillies auprès des commerçants. C’est sur cette note de reconnaissance des professionnels envers les organisateurs, que s’achève ce premier concours, le mardi 12 février 1907 à 11 heures. Les attractions qui ont été offertes aux friands de neige lors de ce concours auront été à la fois de haut niveau et ludiques.

Afin de faire face aux dépenses engendrées par cet évènement, les organisateurs font appel à l’aide financière des commerçants et à la Direction Centrale du Club Alpin Français.

Véritable succès, le village entier s’est mis à l’heure du concours … En effet, deux arcs de triomphe sont élevés pour l’occasion afin d’accueillir dignement les athlètes de toute nation avec ce slogan devenu mythique : « La montagne abaisse les frontières ». Au-delà d’une simple affaire publique, les habitants du village s’associent pleinement à ces festivités en décorant leurs maisons, en aidant à la préparation des pistes ou encore en réservant un accueil des plus chaleureux à leurs invités.

Le premier concours international de ski a réussi son pari d’offrir du grand spectacle aux personnes venues assister aux épreuves et de donner une image populaire à ce sport en plein essor. Aussi, il est décidé que chaque année un concours international sera organisé dans une station différente.

Son succès démontre également la capacité des populations et des pouvoirs publics d’œuvrer. Cette compétition s’annonce d’ores et déjà comme la première d’une longue lignée. Effectivement, dans les années suivantes, plusieurs concours auront lieu à Montgenèvre. En 1927, faute de neige dans les stations savoyardes, elle accueillera la préparation des Jeux Olympiques.

Ce rêve mythique, certains Haut-Alpins le conservent encore aujourd’hui, considérant le potentiel exceptionnel de notre massif des Alpes du Sud comme étant naturellement adapté à l’accueil d’une telle compétition.